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Schortcut Films est une nouvelle société d’investissement dédiée au financement et à la production de longs métrages indépendants.

Créée et dirigée par Georges Schoucair, déjà directeur de Abbout productions à qui l’on doit de nombreux films libanais de renom, Schortcut a pour objectif de soutenir des films d’auteurs ambitieux de toute nationalité et au potentiel international.

Myriam Sassine, productrice pour Abbout et directrice des opérations chez Schortcut a répondu à nos questions.

Comment est née l’idée de cette nouvelle structure et de son fonctionnement ?

Depuis 2005, au sein d’Abbout, nous produisons des longs métrages de fiction et documentaires qui, pour la plupart, sont libanais. Ne disposant pas, au Liban, de soutien financier public ou institutionnel pour la création cinématographique, une fois trouvé l’argent des coproductions, des fonds arabes et des autres guichets classiques de financement, nous nous retrouvons systématiquement avec un manque de 20 à 30 % dans le budget de nos films qu’il faut réussir à combler.

Le principal moyen de lever des fonds localement est de le faire à travers des investissements privés désireux de soutenir le cinéma libanais. Ces expériences se sont toujours avérées très convaincantes et nous ont permis, au fil du temps, de nouer des relations de confiance avec ces partenaires.
Parallèlement, Abbout a grandi, participé à des coproductions internationales. De nouvelles opportunités se sont présentées et Georges Schoucair a eu envie de produire davantage de films étrangers.
C’est ainsi qu’est née l’idée de Schortcut : une structure qui vise à aider le cinéma mondial, indépendant, à soutenir les auteurs de demain ou des réalisateurs chevronnés ayant des difficultés à monter un certain projet par la levée de fonds privés au Liban et au Moyen-Orient.

Comment s’articule votre travail entre Schortcut et Abbout ?

L’équipe de Abbout et de Schortcut est la même. Je m’occupe essentiellement de repérer des projets en amont dans des marchés de festivals, des rencontres de coproductions…
Mon collègue Antoine Waked est responsable du développement. Il lit tous les projets que nous recevons et choisit de faire lire à d’autres personnes au sein de notre comité.
Mais c’est un travail d’équipe à tous les niveaux, nous décidons de beaucoup de choses collectivement et faisons le suivi des projets ensemble. Les rôles se répartissent naturellement en fonction des projets et nous sommes tous très polyvalents.

Quels sont les premiers projets ayant reçu le soutien de Schortcut?

Schortcut a été lancé officiellement à la Berlinale en 2016 avec deux films sélectionnés en Compétition officielle, Soy Nero de Rafi Pitts et Cartas de Guerra d’Ivo Ferreira, et un film au Panorama, All of a Sudden de Asli Özge. Cette année, toujours à Berlin, nous avons présenté Félicité d’Alain Gomis qui a gagné le Grand Prix. Une consécration pour le film et une belle récompense pour notre travail.
L’apport de Schortcut varie selon les projets mais représente en général 5 à 15% du budget total du film. Cette participation a été déterminante et a permis à plusieurs films de pouvoir se faire. En deux ans nous avons coproduit une douzaine de films qui ont tous fait de grands festivals.
Nous présentons La Belle et la meute de Kaouther Ben Hania à Un Certain Regard cette année à Cannes et avons récemment coproduit le nouveau film de la réalisatrice palestinienne Anne-Marie Jacir, Wajib. Nous essayons, bien entendu, de soutenir le cinéma arabe, proche de nous et sur lequel nous avons une grande expertise mais nous avons également coproduit avec l’Argentine, la France, l’Allemagne, les Etats-Unis, ou encore le Kenya.

Est-ce aussi une manière de tisser des liens avec des productions étrangères en vue d’éventuelles coproductions sur des projets libanais ?

Il est vrai que Schortcut a ouvert de nombreuses portes à Abbout Productions. Cela nous a permis de créer des liens avec des vendeurs, des distributeurs, des producteurs, qui, en travaillant avec nous, se sont intéressés au cinéma libanais et aux projets que nous développons au sein d’Abbout.
C’est le cas, par exemple, d’Arnaud Dommerc (Andolfi) avec qui nous avons collaboré pour Félicité, et qui coproduit aujourd’hui, Amal réalisé par Mohamed Siam, un documentaire égyptien dont Abbout est le producteur délégué.
Le producteur allemand Fabian Massah (Endorphine production) avec qui nous avons coproduit All of a Sudden et Marie-Pierre Macia (MPM), productrice française avec qui nous avons travaillé sur Zama, le prochain film de Lucrecia Martel coproduisent à nos côtés le long-métrage All this victory qu’Ahmad Ghossein, réalisateur libanais, tournera en septembre 2017.
Ce sont des gens dont nous sommes devenus proches et à qui nous pouvons aujourd’hui plus facilement proposer des projets.
Cette ouverture à l’international, ces différentes collaborations constituent à la fois un label de qualité, parce que nous avons su reconnaitre de bons projets mais aussi un gage d’efficacité puisque que nous savons faire aboutir les projets sur lesquels nous nous étions engagés.

Des passerelles ont pu se créer, Abbout est mieux connue des sociétés de distribution ou de ventes internationales comme Jour2fête, The Match Factory ou Memento qui s’intéressent aujourd’hui à notre line up, mais aussi des institutions comme le CNC ou le DFI.

D’où vient le nom de Schortcut ?

Cela nous plaisait de convoquer l’idée du « raccourci ». Il existe déjà des structures qui permettent de faire appel à des financements privés, comme les Soficas en France par exemple, mais dans un système souvent contraignant, avec des comités de sélection, des dossiers à déposer, des délais importants…
Nous tenions à mettre en avant l’idée qu’un producteur peut nous solliciter directement avec un projet en développement, en production ou un post-production et que nous pouvons nous engager très rapidement pour que le film se fasse, si nous sommes convaincus.
Comme vous le savez, c’est Georges Schoucair qui est à l’origine de cette initiative et nous avons choisi d’orthographier le nom de la société avec « Sch » pour rappeler son patronyme.

par Lisa Giacchero